B.World Connection : Une décennie pour une émission unique en son genre

La nouvelle saison de B.World Connection a été lancée sur Guadeloupe 1ière le lundi 28 Octobre et depuis, le 4ième Lundi du mois est attendu avec impatience. Lékip KKFèt a décidé de rencontrer l’initiateur du concept B.World Connection : l’emblématique animateur Globe-trotter, Brother Jimmy.

Bonjour Jimmy, racontes-nous les débuts de cette formidable aventure… 
« La toute première émission a été tournée en septembre 2003 entre la Guadeloupe et Turin en Italie pour dresser le portrait de Lilian Thuram. Diffusée en décembre 2003, elle a tout de suite eu un impact important grâce à la personnalité de Lilian. Le noyau de l’équipe, composé à l’époque de 4 personnes s’est aujourd’hui élargit à plus d’une dizaine. Mais les amis du départ sont toujours là 10 ans après…B.World c’est une famille, quand on y entre, généralement on y reste ! »

Tu es à l’origine de l’émission ; quelle était ton idée de départ, celle qui a fait germer ce projet ?
« Je suis moi-même issu de 2 communautés : Haïti et Guadeloupe et je sais que la connexion entre tous les peuples noirs existe ; un lien fraternel qu’on a historiquement toujours tenté d’anéantir et de manipuler. Le nom B.World Connection provient de l’idée de se reconnecter au monde noir et à ce qu’on nous empêche de réaliser depuis 400 ans ; rétablir le dialogue entre toutes les communautés. Mon envie était de mettre en valeur et en lumière des gens qui font des choses positives, des personnalités noires, connues ou non, célébrités et anonymes de la diaspora, mais qui ont des idées et les mettent en œuvre pour faire avancer le monde. Dans l’histoire trop d’hommes et de femmes noires ont inventé des choses dans tous les domaines qui sont ensuite devenues universelles sans que l’on sache à qui les attribuer.

Il importait de remettre les choses à leur place : « The right man at the right place » voici notre phrase fétiche; montrer que les cultures noires sont présentes partout dans le monde et dans tous les domaines : mode, musique, sport, cinéma, littérature,…et que la vie de ceux que l’on présente dans nos émissions peut devenir un exemple pour toutes les minorités. »

On te connaît comme l’animateur globe-trotter, celui qui foule les contrées lointaines pour nous rapporter de beaux témoignages de ce qui se fait ailleurs. Comment se déroulent ces tournages ?
«Peu de gens s’en rendent compte sans doute mais il faut savoir que durant les premières années, pour faire vivre l’émission en laquelle on croyait tant, nous avons tous été bénévoles ! Le noyau qui voyage se compose toujours de 2 caméramans (dont 1 réalisateur), d’un preneur de son et moi-même. Les piliers sont Philippe Mugerin, Khalil Sarkis, Andy Nelson, Harold Lombion, David Datil,…mais il y a aussi toute l’équipe administrative et logistique. Depuis 10 ans, nous avons aussi travaillé avec une cinquantaine d’intermittents, on essaye de faire bosser un maximum de personnes même si les temps sont durs !
Chaque saison, il nous faut renégocier une place à l’antenne et cela ne fait que 2 ans que Guadeloupe 1è nous achète notre programme que nous fournissions avant gratuitement. C’est grâce à des financements privés tels que ceux de Lilian Thuram, Air Caraïbes, Epicentre, Rollstores, les ascenseurs Eiffel, Matouba,…et des subventions de la Région Guadeloupe et Cap Excellence que nous percevons depuis 2010 que nous arrivons enfin à boucler notre budget. Avant cela nous avons connu des heures difficiles et des endettements pour la survivance de l’émission. Mais avez-vous remarqué que dans le mot émission, il y a le mot MISSION ? Nous présentons des gens qui font des choses et l’équipe B.World Connection c’est aussi des hommes et femmes d’action. »

Parmi les nombreuses rencontres passionnantes que tu as faites dans le cadre de tes émissions, quelles sont les plus marquantes ?
« Honnêtement, elles le sont toutes ! Nous avons été tourner 10 jours au Mali où nous avons rencontré des personnalités telles que Aminata Traoré, femme politique et écrivain, Sheik Modibo Diarra, astrophysicien et homme politique, aujourd'hui président de Microsoft Afrique et Joseph N’Diaye, l’ancien conservateur de la Maison des Esclaves à Gorée. Nous avons fait une autre émission sur le Festival des Arts Nègres à Dakar et nous avons aussi réalisé beaucoup de séquences chez nos voisins caribéens à la Dominique, à Trinidad, à Sainte Lucie et à la Jamaïque. Nous avons aussi été visiter nos frères et sœurs américains : Le révérend militant Jessie Jackson, Maryline Séphocle, écrivain martiniquaise installée depuis 30 ans à Washington, elle parle 9 langues et enseigne à l'université de Howard, première université noire (fondée en 1867) des USA. Elle dirige une société de traduction, d’interprétation et de communication. Depuis 1991, elle est engagée au sein du parti démocrate et est une proche d’Hilary Clinton. C'est une militante qui lutte pour l'émancipation et le progrès des peuples noirs. Lors de notre séjour à Washington, nous avons pu serrer la main de Barak Obama.

Je me rappelle aussi avec émotion que notre 3è émission, consacrée à Wycleff Jean, a donné une vraie dimension à B.World Connection. Qu’un chanteur aussi emblématique nous fasse confiance et s’adresse aux téléspectateurs en créole, tout en parlant de l’africanité…un grand moment. Il m’a exprimé son respect pour le concept de l’émission, unique en son genre selon lui dans la Caraïbe.

Aujourd’hui, vous fêtez une décennie d’existence et vous amorcez la 11è saison, quels sont vos projets ?
« Lorsque je me retourne sur ces 10 années et 80 émissions de par le monde, je comprends que B.World Connection soit désormais considérée d’utilité publique. Nous voulons être encore plus axés sur l’action c’est pourquoi nous voulons aussi mettre en place des projets concrets, parallèlement à l’émission : en décembre on prévoit des actions en faveur des familles défavorisées en Guadeloupe en partenariat avec des associations : nous allons collecter des cadeaux basés sur l’éducation (fournitures scolaires, livres, jeux antan lontan,…) car la connaissance est la clé pour s’en sortir.

Concernant le ton de nos futures émissions, nous mettrons l’accent sur la jeunesse, sur des jeunes qui font des choses positives ; et c’est pourquoi nous avons débuté cette série avec Krys, un chanteur à l’image de la jeunesse guadeloupéenne et qui s’investit par le biais de son association Destination Réussite qui accompagne de jeunes entrepreneurs dans la réalisation de leurs projets. Les spectateurs constateront notre motivation renouvelée, malgré 10 années, nous ne sommes pas essoufflés ni à court d’idées. La présentation et la réalisation des émissions ont évolué et nous partons à la recherche de nouveaux personnages toujours aussi captivants… »

BK.

B.World Connection sur Guadeloupe 1ère, le 4è lundi de chaque mois à 20h10.
Rediffusions, le samedi matin à 10h45.

PS: Nous remercions Guadeloupe 1ère pour les photos utilisées pour cette interview.